Fanny Ardant


J’ai longtemps été raide dingue d’une sorte de Fanny Ardant dont la blondeur rendait cette ressemblance immédiatement factice et somme toute décevante. Pourtant, presque tout y était : le nez anguleux, la voix traînante et vaporeuse et même jusqu’à ce sourire immense qui est comme un sceau apposé sur une lettre de cachet. Elle ne voulait pas céder à cette image que je me faisais d’elle ; je persistais à voir en elle rien d’autre qu’un sosie presque parfait : sans doute le désir jaillissait-il de cet entrechoquement de nos deux obstinations affûtées. « Personne ne m’a jamais traitée de la sorte », s’indignait-elle dans un tressaillement de boucles couleur paille. Cette façon qu’elle avait de protester tout en prenant la pose me confortait dans cette opinion que j’avais d’elle depuis le début — ressemblance ou pas — que toute occasion lui était bonne pour rejouer devant moi cette unique scène qu’elle avait apprise par cœur du film miteux de nos amours.

(Fanny Ardant dans Vivement dimanche)